Un salarié payé au SMIC toute sa vie et un cadre dont le salaire a doublé en vingt ans n’abordent pas du tout la règle des 25 meilleures années de la même façon. Pour le premier, cette sélection ne change quasiment rien au montant de la pension. Pour le second, elle peut représenter plusieurs centaines d’euros mensuels de différence. Comprendre ce mécanisme suppose de regarder ce qu’il produit concrètement selon les trajectoires salariales, pas seulement d’en connaître le principe.
Carrière plate au SMIC : la règle des 25 meilleures années ne change presque rien
Prenons le cas d’une personne restée proche du SMIC pendant toute sa vie active. Ses salaires annuels, une fois revalorisés par les coefficients appliqués par la CNAV, se ressemblent fortement d’une année sur l’autre. Sélectionner les 25 meilleures ou prendre l’ensemble de la carrière produit un salaire annuel moyen quasi identique.
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C’est logique : quand la courbe des revenus est plate, retirer les années les plus basses ne relève pas le résultat de manière significative. Le calcul de la pension de base repose sur ce salaire annuel moyen multiplié par le taux de liquidation et la durée d’assurance. Avec un revenu stable, le levier se trouve ailleurs, dans le nombre de trimestres validés et dans l’âge de départ.
Depuis la réforme de 2023, le recul de l’âge légal et l’allongement de la durée d’assurance pèsent souvent davantage sur le montant final que la sélection des meilleures années. Pour un salarié au SMIC, la décote ou la surcote a plus d’impact que le choix des 25 meilleures années.
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Salaire en progression : le vrai bénéfice des meilleures années retraite
La situation change radicalement pour une carrière ascendante. Un cadre qui débute à un salaire modeste et termine sa carrière avec une rémunération deux à trois fois supérieure voit un écart net entre ses meilleures années et ses premières années d’activité.
En ne retenant que les 25 salaires annuels les plus élevés (après revalorisation), on écarte mécaniquement les années de début de carrière, souvent basses. Le salaire annuel moyen s’en trouve relevé, et la pension de base avec.
Un mécanisme qui redistribue des carrières plates vers les carrières ascendantes
L’Institut des politiques publiques (IPP) a montré que cette règle avantage davantage les individus dont le salaire augmente plus vite que la moyenne. À l’inverse, les personnes dont la rémunération reste stable n’en tirent pas de bénéfice particulier. On est face à un transfert implicite : à budget retraite constant, la règle des 25 meilleures années oriente une part de la redistribution vers les profils à forte progression salariale.
Prendre en compte l’ensemble des salaires plutôt que les 25 meilleurs supprimerait ce mécanisme. C’est d’ailleurs une mesure qui figurait dans le projet de réforme par points, même si les discussions sur le caractère redistributif global restaient ouvertes.
Carrières hachées et temps partiel : le piège des années incomplètes dans le calcul
Entre le SMIC stable et la carrière ascendante, il existe un troisième profil souvent mal traité par les simulateurs : la carrière hachée. Périodes de temps partiel, congés parentaux, chômage non indemnisé, reprise d’activité à mi-temps. Ces interruptions créent des années où le salaire porté au compte est très bas, parfois en dessous du seuil permettant de valider quatre trimestres.
La règle des 25 meilleures années est censée protéger contre ces aléas en écartant les mauvaises années du calcul. Sur le papier, c’est un filet de sécurité. En pratique, quand les années incomplètes dépassent la quinzaine, le filet ne suffit plus.
- Une année où le salaire reporté est nul ou très faible ne compte pas parmi les 25 meilleures, mais elle réduit la durée d’assurance, ce qui aggrave la décote.
- Les revalorisations successives du SMIC ont rapproché beaucoup de petits salaires d’un même niveau, réduisant l’écart entre les « bonnes » et les « mauvaises » années pour ces profils.
- Un congé maternité ou d’adoption permet d’ajouter un salaire au compte retraite sous certaines conditions, mais le dispositif reste méconnu et ses effets limités à quelques trimestres.
Pour les carrières très fragmentées, le vrai enjeu n’est pas la sélection des meilleures années mais la validation de suffisamment de trimestres pour éviter une décote lourde à la liquidation.
Revalorisation des salaires portés au compte : un paramètre souvent négligé
On parle beaucoup des 25 meilleures années, moins de la façon dont les salaires passés sont revalorisés avant d’être comparés. Chaque salaire annuel inscrit au compte retraite est multiplié par un coefficient fixé chaque année. Ce coefficient suit globalement l’inflation, pas la progression des salaires.
Cette distinction a des conséquences directes. Quand les salaires réels progressent plus vite que l’inflation (ce qui était courant sur les décennies passées), les salaires anciens, même revalorisés, restent en dessous de leur valeur relative au moment du départ. Le salaire annuel moyen calculé sur les 25 meilleures années est donc structurellement inférieur au salaire de fin de carrière pour la plupart des assurés.
Régime général et régimes spéciaux : des règles différentes
La règle des 25 meilleures années concerne le régime général et les régimes alignés (salariés du privé, artisans, commerçants). Les fonctionnaires relèvent d’un autre calcul, basé sur les six derniers mois de traitement indiciaire. Les professions libérales ont leurs propres paramètres selon les caisses.
- Régime général : salaire annuel moyen des 25 meilleures années, revalorisé par des coefficients annuels.
- Fonction publique : traitement indiciaire des six derniers mois, hors primes (sauf intégration partielle via la RAFP).
- Professions libérales : systèmes par points avec des règles propres à chaque caisse (CIPAV, CARPIMKO, etc.).
Comparer l’impact des meilleures années entre régimes n’a donc de sens que si on précise le régime concerné. Un pluripensionné (privé et public, par exemple) verra sa pension calculée différemment pour chaque tranche de carrière.

Simuler sa pension : ce qui compte vraiment avant le départ
Les simulateurs en ligne (info-retraite.fr, celui de l’Assurance retraite) permettent de visualiser l’effet concret des 25 meilleures années sur son propre cas. On constate souvent que l’écart entre les meilleures années et la moyenne globale est plus faible qu’attendu, surtout après revalorisation.
Ce qui pèse le plus sur le montant final reste la combinaison entre le nombre de trimestres, l’âge de départ et le taux de liquidation. Pour un salarié proche du SMIC, gagner un ou deux trimestres supplémentaires a souvent plus d’effet que la sélection des meilleures années. Pour un cadre à carrière ascendante, la règle joue pleinement, mais la revalorisation des anciens salaires en limite la portée.
Le relevé individuel de situation, accessible sur le site de l’Assurance retraite, liste les salaires portés au compte année par année. C’est le document à vérifier en priorité, bien avant de se fier à une estimation globale. Une erreur de report (salaire manquant, trimestre non validé) peut modifier le salaire annuel moyen et donc la pension, quel que soit le niveau de revenu.

