Le score ADL de Katz quantifie l’autonomie d’un patient sur six activités de base : hygiène corporelle, habillage, aller aux toilettes, locomotion, continence et repas. Chaque item reçoit une note de 0, 0,5 ou 1, pour un total sur 6. Ce chiffre, obtenu en moins de dix minutes, oriente directement la nature et l’intensité du plan de soins.
La question qui se pose aux équipes soignantes n’est pas de savoir si elles doivent utiliser cet outil, mais comment traduire chaque palier de score en décisions concrètes d’accompagnement.
A lire également : Retraités : et si vous envisagiez les soins dentaires en Roumanie ?
ADL scores et seuils de décision : tableau de correspondance clinique
La cotation en trois niveaux (1 pour indépendant, 0,5 pour aide partielle, 0 pour dépendant) permet de dépasser le simple constat global. Un score total identique peut masquer des profils de dépendance très différents selon les items touchés.
| Score ADL total | Profil fonctionnel | Orientation du plan de soins |
|---|---|---|
| 6/6 | Autonomie complète sur les six items | Maintien à domicile sans aide humaine pour les gestes de base, surveillance préventive |
| 4 à 5,5/6 | Dépendance partielle sur un ou deux items | Intervention ciblée : aide à la toilette ou à l’habillage, adaptation du logement, rééducation |
| 2 à 3,5/6 | Dépendance modérée à sévère | Passages pluriquotidiens d’un SSIAD ou d’un auxiliaire, réévaluation de l’environnement, discussion sur l’entrée en institution |
| 0 à 1,5/6 | Dépendance totale ou quasi totale | Prise en charge institutionnelle ou soins continus à domicile, protocole de prévention des complications (escarres, dénutrition) |
Ce tableau reste un cadre de lecture. L’analyse item par item prime sur le score global : un patient à 4/6 avec un 0 en continence et un 0 en locomotion ne relève pas du même plan qu’un patient à 4/6 avec deux items à 0,5.
A lire en complément : Zoom sur le Centre Hospitalier Départemental de Vendée : innovations et services de soins

Score ADL et dépendance partielle : le segment le plus sous-exploité
Les patients dont le score oscille entre 4 et 5,5 sur 6 se trouvent dans une zone où les interventions préventives ont le plus d’impact. L’item coté à 0,5 signale un besoin d’aide partielle, pas une perte totale de capacité.
C’est précisément ce segment que les plans nationaux de prévention des chutes en EHPAD et à domicile ciblent en priorité. Plusieurs retours d’expérience montrent que repérer la dépendance partielle via le score ADL permet de cibler les interventions de rééducation et d’adaptation du domicile, avec une baisse rapportée des chutes et des ré-hospitalisations à six mois.
Un patient coté 0,5 en locomotion bénéficie davantage de séances de kinésithérapie et d’un aménagement (barres d’appui, suppression des tapis) que d’un passage quotidien d’aide-soignant. En revanche, un 0,5 en habillage oriente plutôt vers une aide humaine ponctuelle ou des vêtements adaptés.
Adapter la qualification des intervenants au score
Les grilles d’évaluation utilisées par les ARS et les SSIAD conditionnent désormais l’intensité des plans de soins à domicile au score ADL : nombre de passages, qualification des intervenants, fréquence de réévaluation. Un score élevé avec un seul item fragile ne justifie pas la même mobilisation qu’un score bas sur plusieurs dimensions.
- Score à 5 ou 5,5 : un passage par jour d’un auxiliaire de vie suffit souvent, combiné à une réévaluation mensuelle pour détecter toute dégradation.
- Score entre 3 et 4,5 : intervention d’un aide-soignant ou d’un infirmier à domicile, avec passages biquotidiens et coordination avec le médecin traitant.
- Score inférieur à 3 : discussion pluridisciplinaire sur le maintien à domicile, implication systématique d’un ergothérapeute pour évaluer l’environnement.
ADL et IADL combinés : affiner le plan de soins en gériatrie et oncologie
Le score ADL seul ne suffit pas à cartographier l’autonomie globale. Les activités instrumentales de la vie quotidienne (IADL) couvrent des tâches plus complexes : gestion du téléphone, courses, préparation des repas, gestion des médicaments, finances. Un patient à 6/6 en ADL mais très altéré en IADL peut vivre seul physiquement, tout en étant incapable de gérer son traitement.
L’écart entre score ADL et score IADL révèle le type de fragilité. Un ADL préservé avec un IADL dégradé oriente vers un accompagnement cognitif ou organisationnel. Un ADL dégradé avec un IADL encore partiellement conservé pointe vers une perte physique à compenser par des aides techniques.
Application en oncogériatrie
Dans le parcours oncogériatrique, les scores ADL et IADL sont intégrés comme critères d’éligibilité aux protocoles de chimiothérapie standard. Lorsque l’ADL est très altéré, les recommandations tendent à privilégier des schémas thérapeutiques adaptés ou des soins de support plutôt qu’un traitement curatif agressif.
Cette donnée fonctionnelle complète les paramètres biologiques et tumoraux pour arbitrer entre intensité du traitement et qualité de vie. Un ADL inférieur à 3 remet en question l’indication d’une chimiothérapie standard chez un patient âgé, indépendamment de son stade tumoral.

Réévaluation du score ADL : fréquence et suivi évolutif du plan de soins
Un score ADL n’est exploitable que s’il est daté et comparé dans le temps. Une cotation unique à l’entrée en institution ou au démarrage d’un SSIAD ne permet pas d’ajuster le plan de soins à l’évolution réelle du patient.
- Réévaluation systématique après un événement aigu (chute, hospitalisation, épisode infectieux) : le score post-événement guide la révision immédiate du plan.
- Réévaluation périodique tous les trois à six mois en situation stable, pour détecter une dégradation progressive avant qu’elle ne devienne critique.
- Comparaison des scores successifs : une baisse de 1 point sur un item précis déclenche une intervention ciblée, pas une refonte globale du plan.
La variation du score ADL dans le temps est plus informative que le score isolé. Un patient passant de 5 à 4 en trois mois signale une trajectoire descendante qui appelle une réponse rapide. Un patient stable à 3 depuis un an relève d’un plan de maintien, pas d’une escalade des soins.
Intégrer le score ADL comme donnée longitudinale dans le dossier du patient transforme un outil de photographie ponctuelle en indicateur de pilotage du plan de soins. La passation ne prend que quelques minutes, ce qui rend sa répétition parfaitement compatible avec la charge de travail d’une équipe soignante en EHPAD ou en SSIAD.

