Le marché des biographies privées est en pleine croissance et répond au besoin de personnes âgées de laisser à leurs proches l’histoire de leur vie et parfois même de dévoiler des secrets de famille, plus ou moins enfouis.

C’est une façon très intéressante de ne pas oublier, de pouvoir faire passer des témoignages et des informations pour les générations à venir et de découvrir, aux fils des années, ce qu’était  la vie quotidienne de nos anciens. Et avec l’allongement de la durée de vie, les biographies seront de plus en plus riches et passionnantes.

Témoignages d’une famille qui a fait appel à un biographe : Comment  l’idée nous est elle venue ?

« Je crois qu’il est venu lors des soixante ans de mariage de mes parents. On n’avait pas d’idée de cadeau. Et puis, dans la famille, quelqu’un a dit: mais pourquoi on ne leur offrirait pas le livre de leur vie? », raconte Guy, « Mes parents, qui sont d’anciens paysans, ont aujourd’hui 81 et 85 ans, poursuit-il. Et ce qui nous intéressait, c’était qu’ils puissent raconter leur histoire, qui est aussi la nôtre. Comme beaucoup de gens de leur âge, ils ont une foule d’anecdotes à raconter. Certaines, bien sûr, on les a déjà entendues 300 fois. Mais il y a aussi beaucoup de choses dont on ne sait rien. Et je me disais que, sans ce livre, tout serait oublié en l’espace de deux générations. »

Quand une famille se cotise pour financer un biographe

Pour l’occasion, toute la famille s’est donc cotisée pour offrir à ce couple les services d’une biographe qui, régulièrement, vient chez eux recueillir leurs confidences. Guy a lu les premières pages du livre . Et c’est assez émouvant. Mon père, par exemple, y raconte ses souvenirs d’enfant. Son grand-père, un paysan comme lui, partait chaque matin aux champs avec ses chevaux et, dans son sac, son oignon, son quignon de pain et son litre de vin rouge. »

Les biographes, des profils variés et des expertises complémentaires

Les Compagnons biographes comptent une quarantaine de membres. « Nous venons d’horizons très divers. Certains sont scénaristes, romanciers ou professeurs de lettres. Pour ma part, j’ai travaillé dans le marketing et la communication », explique Jacqueline Meyer, biographe depuis cinq ans.

 

Un marché en croissance mais peu structuré

Ce marché de la biographie privée est en plein essor, mais très « hétérogène et relativement peu structuré », selon Samuel Guillemot qui, en 2010, a soutenu une thèse de sciences de gestion sur ce sujet à l’Université de Bretagne occidentale à Brest. « Il existe à ce jour plus de 500 biographes officiellement installés en France et sans doute pratiquement autant de non officiels », souligne l’auteur de cette thèse, aujourd’hui enseignant-chercheur. Certaines maisons d’édition proposent aussi leurs services pour rédiger des biographies privées. C’est le cas, par exemple, de Bayard Éditions, filiale du groupe Bayard (éditeur de La Croix).

Mais la plupart de ces biographes privés travaillent pour leur propre compte, avec des tarifs qui dépendent du travail fourni. « En moyenne, il faut compter entre 2500 et 3000 €. Pour cette somme, le biographe réalise entre 12 et 15 heures d’entretien. Puis il retranscrit et écrit le livre qui est imprimé entre 10 et 50 exemplaires », souligne Jacqueline Meyer.

Attention aussi aux plumes peu honnêtes et plus intéressées par l’argent qu’autre chose

Mais dans sa thèse, Samuel Guillemot invite toutefois à la prudence. « Le marché ne s’est pas encore assaini et on trouve vraiment de tout », écrit-il, en soulignant que certains forfaits peuvent aller jusqu’à 8000 €.

Des motivations diverses : égocentrisme, besoin de capitaliser et de partager sur un passé disparu

Qu’est-ce qui incite à payer de telles sommes pour voir ses souvenirs couchés sur le papier? « Les motivations sont diverses. Il y a parfois, bien sûr, une dimension narcissique. Le livre est l’occasion de raconter une vie que l’on juge unique et bien remplie », explique Samuel Guillemot. Dans ce cas, le livre n’est pas seulement distribué à l’entourage familial. « J’ai rencontré une personne qui avait donné le livre au vétérinaire qui soignait son chien en me disant: “Je le vois souvent mais, en fait, il ne me connaît pas vraiment.” »

Pour d’autres, le livre est l’occasion de raconter un métier aujourd’hui disparu ou l’histoire d’un village. « Mais, dans la majorité des cas, la biographie est d’abord une façon de passer le témoin aux générations futures », précise Pierre Nozières, fondateur des Compagnons biographes. « Aujourd’hui, avec la dispersion des familles et l’éloignement, la tradition de la transmission orale est peut-être moins forte. Avec l’écrit, certains grands-parents veulent retrouver le rôle social qui était autrefois dévolu aux anciens: être les gardiens de la mémoire familiale et préparer les jeunes générations à l’avenir », ajoute Samuel Guillemot.

 

A vos plumes, à vos souris ou à vos souvenirs

 

Et vous que pensez vous de cette démarche ; auriez vous envie de confier vos souvenirs à un compagnon biographe, ou de commencer vous-même vos mémoires ou de les confier à un de vos proches pour qu’elles soient ensuite retranscrites par une tierce personne

A l’heure d’Internet, n’est pas aussi une solution pour garder de l’écrit, du vécu de l’inédit et de le faire ensuite partager aux autres avec des moyens modernes de communication

Sources la Croix et Pierre Bienvault