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"L’Évêché" de Bernard Cornuaille

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L’Évêché - Chapitre 15

L’Évêché - Thriller de Bernard Cornuaille paru en Mai 2010 aux Editions Aristote




Aller au début de l’ouvrage

 

 

CHAPITRE 15

Mardi 24 juillet.

Eva était soulagée et en même temps inquiète de s’être confiée à Anne. Ce n’était pas précisément une amie, elles ne se connaissaient pas intimement.

Lors de la soirée de samedi, elles avaient beaucoup discuté. Eva, ayant de par son métier une expérience de la nature humaine, avait un a priori très favorable à l’égard d’Anne. La seule ombre : elle était l’épouse de son patron. Elle lui avait promis de ne pas parler de sa visite à Tony. Mais tiendrait-elle sa promesse ? Et pendant combien de temps ?

Pourquoi Alain avait-il invité Anne et Tony ? Depuis des années qu’elle travaillait avec le commissaire, jamais une telle idée ne lui avait traversé l’esprit. Ce n’était pas dans les habitudes du Service. Évidemment, elle avait bien remarqué qu’Alain n’était pas insensible aux charmes d’Anne et était convaincue que Tony l’avait également constaté. Cette invitation était vraiment une connerie et Alain dans ce domaine était expert !

Elle était persuadée que c’était maintenant l’aboutissement de douze années de mariage. La décision de se séparer d’Alain avait été difficile à prendre, mais l’idée s’était imposée. Dès le mois de septembre, elle consulterait un avocat.

Pour l’instant, son seul objectif était l’éducation et le bien-être de ses enfants. C’est pour cette raison qu’elle reportait à septembre le déclenchement de la procédure de divorce. Elle souhaitait que ses enfants puissent encore profiter de vacances en famille avec leur père et leur mère, ensemble pour la dernière fois !

Elle replongea dans ses bouquins… Elle avait ressorti les livres et les notes prises lors d’une formation suivie après son arrivée au SRPJ. Elle avait espéré ne jamais remettre le nez dans ce type d’ouvrage : « Tueurs en série » de Laurent Montet ou « Ma vie avec les serial killers » d’Helen Morrison.

Ses réflexions furent interrompues par la sonnerie stridente du téléphone fixe du commandant Paul Landrian. Eva et Paul partageaient le même bureau et Paul s’était absenté, Eva se leva pour répondre.

- Ah ! C’est toi Eva, peux-tu me passer Paul ?

- Il est sorti, où es-tu Pascal ?

- Je suis toujours chez nos collègues suisses. À partir des clichés que j’ai apportés, nous venons d’identifier formellement la troisième victime. Il n’y a aucun doute, nous avons pu interroger une de ses amies de travail, qui confirme. Il s’agirait d’une jeune femme de 24 ans, célibataire, du nom de Martine Zimmer, habitant La Chaux-de-Fonds. Elle travaillait dans un bar de nuit du centre-ville et arrondissait ses fins de mois en se prostituant, de temps à autre, avec un client.

- Merde, encore une prostituée !

- Eh oui, c’est un métier à risques. Il vaut mieux être flic !

- J’explique tout cela au commandant, il ne va pas tarder. Si je vois le commissaire, je lui passe également le message.

- Je reprends la route, dans quelques instants. Il est onze heures, je salue mes collègues suisses et je file. Je serai au bureau vers dix-sept heures trente, s’il n’y a pas trop de circulation ! Paul peut m’appeler sur mon mobile, s’il souhaite avoir plus d’informations.

- OK, Pascal, tu as fait du bon boulot. Rapporte-moi du chocolat et surtout ne roule pas trop vite, on a encore besoin de toi !

En moins d’une semaine, la brigade avait identifié les deux dernières victimes, l’une en Belgique, l’autre en Suisse. Pour la première, rien ! Le patron était persuadé qu’elle pourrait être originaire d’Allemagne et faisait pression sur les collègues allemands. Eva était contente des résultats de la brigade et, en même temps, avait un vague à l’âme indéfinissable. Elle entendit le commissaire passer dans le couloir. Son pas rapide et bruyant était reconnaissable parmi des dizaines d’autres. Elle avait un bon prétexte pour l’aborder, aussi se précipita-t-elle. Anne avait-elle tenu sa promesse ? Elle rattrapa Tony avant qu’il n’entre dans son bureau…

- Patron, j’ai une nouvelle importante. Je viens d’avoir un appel du lieutenant Pascal Brisson. Avec l’aide de la police suisse, il a identifié la troisième victime, une jeune prostituée suisse, habitant La Chaux-de-Fonds.

- Il a bien travaillé Brisson. Il ne reste plus que la première, sans oublier le corps retrouvé maintenant depuis plus de 4 ans.

- C’est l’assassin, qu’il faut trouver, répondit Eva. Et pour l’instant nous n’avons rien !

- Évidemment, nous avançons sur l’identification des victimes, mais nous n’avons aucune piste intéressante sur le meurtrier. Le docteur Bartd nous aurait été fort utile. Sa connaissance en criminologie et sa passion pour son métier faisaient d’elle une profileuse de premier ordre.

- J’ai le funeste pressentiment que nous ne la reverrons jamais ! répondit Eva.

- Ne soyons pas pessimistes, capitaine ! Mais je reconnais que, pour l’instant, nous ne devons pas compter sur elle.

- Patron, ne vous moquez pas ! Je n’ai pas l’intention de me comparer au docteur Bardt, reprit Eva, mais je vous rappelle que j’ai reçu une formation, vous vous souvenez certainement du thème : « Analyse psychologique des tueurs en série ».

- Je me souviens en effet ! Vous m’aviez précisé que jamais vous n’auriez à utiliser ces foutaises.

- Oui, et j’avais tort ! J’ai donc ressorti mes bouquins et mes notes. J’essaye de comprendre les motivations de ce criminel. J’ai réussi à le répertorier, parmi les différentes classifications élaborées par un scientifique américain. Je peux vous assurer que nous avons affaire à un « serial killer » particulièrement malin, qui s’apparente certainement à la catégorie des « cross killer ». C’est un prédateur qui varie ses terrains de chasse. Ce qui est inhabituel, dans le cas qui nous concerne, c’est qu’il ramène ses victimes dans un même lieu, la forêt de Verzy. Pourquoi ? Il doit avoir un motif impérieux, il prend de grands risques pour transporter les corps, et leur faire passer les frontières.

- Il nous faut retrouver ce psychopathe voyageur. Avez-vous une idée de son profil ?

- Un homme dans la force de l’âge, il doit avoir de fortes racines régionales, ou avoir été impressionné par l’histoire locale. Il se réfère à un passé lointain, pour accomplir son rituel. Il voyage certainement pour son travail et a la possibilité de passer les frontières avec des cadavres ! Plus vraisemblablement, il tue ses victimes après avoir franchi la zone frontalière. Il doit avoir une grosse voiture, un break ou un 4x4…

Eva avait beaucoup impressionné Tony par son exposé argumenté.

- Eva…Vous avez raison, nous tenons notre homme ! Vous demandez au commandant Landrian de réunir la brigade, demain matin à huit heures. Continuez vos recherches, nous sommes sur la bonne voie !

Eva regagna son bureau. Elle était certaine qu’Anne n’avait pas trahi sa promesse. Tony n’aurait pas réagi d’une manière aussi spontanée. Soulagée, elle se félicita de lui avoir fait confiance.

Mais comment le patron pouvait-il affirmer « Nous tenons notre homme ». Certes, elle était très fière de son exposé. Quant à dire que c’était la clef pour trouver le meurtrier, il y avait un pas qui lui paraissait encore infranchissable. Elle replongea dans ses livres et relut également ses notes personnelles. Le commissaire ne manquerait pas, le lendemain matin, de la mettre à contribution, lors de la réunion. Elle serait brillante, n’ayant pas le choix devant ses collègues !

°°°

Pascal était rentré à dix-huit heures. La route avait été plus difficile qu’il ne l’avait supposé : énormément de camions de toutes nationalités, qui doublaient sans discernement ! Heureusement, l’accueil de ses collègues suisses avait été d’une gentillesse exceptionnelle ! Des gens calmes et efficaces dans un pays magnifique. Il s’était promis de revenir en vacances au bord du lac de Neuchâtel.

Les résultats de son enquête compensaient largement la fatigue du voyage. Il était satisfait, mais épuisé ! Le soir même avec le commandant Landrian, ils avaient fait un débriefing.

Prétextant une migraine, Eva avait pris congé de ses deux collègues, n’oubliant pas de passer au commandant Landrian les consignes du commissaire pour la réunion du lendemain.

Lorsqu’elle arriva à son domicile, Béatrice et Louis étaient sagement assis devant la télé. Alain n’était pas rentré. Elle aperçut un papier sur la table du salon : il lui annonçait avoir avancé sa tournée prévue dans l’Est, un client le réclamait d’urgence !

Elle devait s’habituer à vivre seule et consacra une partie importante de sa soirée à ses enfants. Elle les mit au lit et prit encore le temps de raconter une histoire à Béa. Ils étaient étonnés, jamais leur mère n’avait été aussi attentionnée !

Enfin, elle se retrouvait face à elle-même ! La solitude ne la gênait pas. Alain referait sa vie, elle ne s’en inquiétait pas. Ce qui la perturbait était le comportement d’Alain. En peu de temps, il s’était transformé, il était un autre homme ! Comment cela était-il possible ? Elle n’avait repéré aucune faille psychologique dans son attitude. Une partie de lui était devenue étrangère. Il avait opéré à un dédoublement de personnalité.

Des individus aux agissements complexes étaient son quotidien ! Mais, dans sa propre famille, elle avait beaucoup de difficultés à l’admettre.

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mercredi 25 janvier 2012 - Lu 141 fois

Documents joints
Seniors L’Evêché - Chapitre 15  L’Evêché - Chapitre 15  (Type : PDF)


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