L’Évêché - Thriller de Bernard Cornuaille paru en Mai 2010 aux Editions Aristote
L’auteur est un "senior", passionné d’écriture de longue date, qui a attendu la retraite pour publier, en janvier 2008, son premier roman LE PROJET ATICA, aux éditions Persée.
L’ouvrage présenté ici est son 2ème roman. Il lui a valu une critique très favorable dans la presse et on attend son 3ème ouvrage qui doit sortir début 2012.

CHAPITRE 01 Janvier 839 Dieu avait rappelé à lui, depuis plus de deux siècles, le vertueux Saint Basle. La petite communauté de moines bénédictins, qui lui avait succédé dans la grotte des hauts de Verzy, vivait misérablement.
Depuis deux siècles, ils n’étaient pas restés inactifs. Certes, la prière leur prenait beaucoup de temps, mais durs à l’ouvrage, ils avaient construit les prémices de l’abbaye de Saint Basle. Ils s’efforçaient par ailleurs, tant bien que mal, d’entretenir la foi des habitants de Verzy - En mémoire de Saint Basle qui, jadis, convertit leurs ancêtres - La communauté comprenait, en ce début d’année 839, dix moines : le dernier, Alberto, arrivait d’Italie. L’hiver était rude. Les réserves commençaient à diminuer d’une manière alarmante. Les villageois, dont la situation n’était guère plus brillante, ne pouvaient être d’aucun secours… La neige recouvrait la forêt de Verzy depuis plusieurs semaines. Un froid vif bloquait les moines dans leur tanière, seule la prière leur apportait un soutien spirituel. Habitués au jeûne, leur résistance à la privation était forte. Alberto avait été accueilli par ses frères, avec une immense humanité, lui le renégat. Maintenant, il se sentait redevable de tant de charité.
Sa foi n’était pas suffisamment forte pour s’en remettre à Dieu, comme certains de ses frères. Aussi, un matin, il quitta l’abbaye de bonne heure et se dirigea vers un hêtre, en contrebas, dans le chemin creux qui mène au village. Arrivé au pied de l’arbre, d’un regard circulaire, il s’assura qu’il était seul. Rassuré, il s’accroupit. À l’aide de ses mains, il retira la neige qui s’était accumulée sous la ramure. Alberto frissonna : un vent glacial soufflait du Nord. Il reprit son travail, s’aidant du coutelas qu’il avait apporté, gratta le sol gelé. Après une demi-heure d’efforts, il dégagea une arbalète rudimentaire. Alberto était un moine guerrier. Les aléas de la vie l’avaient conduit dans ces régions reculées, jadis fréquentées par des hordes d’Attila. À l’approche de la quarantaine, vieilli et fatigué, il avait décidé de se consacrer à Dieu uniquement par la prière. Ce n’est pas par hasard qu’il s’était, un jour, présenté à la porte de l’abbaye. La renommée de Saint Basle et la générosité des moines bénédictins, qui lui succédèrent, lui furent rapportées. À proximité de l’abbaye, il avait, à regret, abandonné son arme. Mais prudent, l’avait cachée au pied de cet arbre. Aujourd’hui, il s’en réjouissait, il allait pouvoir venir en aide à ses frères. Lors de précédentes randonnées dans la forêt, il avait repéré un grand cerf. L’animal était magnifique. Alberto connaissait le point d’eau où celui-ci se désaltérait habituellement. Pendant la belle saison, il partait parfois très tôt le matin à la rencontre de l’animal. Il se postait à contre vent et attendait caché. Lorsque le cerf arrivait majestueux, c’était toujours pour Alberto un moment de grande joie, sa foi s’en trouvait renforcée. Il n’était pas dans les habitudes de la confrérie de tuer d’aussi beaux spécimens de la création divine. Alberto aurait considéré comme une offense à Dieu, la seule idée de commettre une telle infamie. Mais aujourd’hui, la famine faisait des ravages, ses frères mourraient dans les prochains jours et il ne pouvait le supporter. Il devait agir, son passé de guerrier reprit le dessus, armé de son arbalète, il se lança à la recherche de sa proie. Il grelottait sous sa robe de bure élimée, mais sa foi le transportait. Courageusement, il avançait. La neige avait cessé de tomber, une couche épaisse recouvrait la forêt. Les arbres ployaient sous son poids. Le bruit d’une branche, qui se brisait, résonnait dans l’immensité glacée. Les timides rayons de soleil n’arrivaient pas à réchauffer l’atmosphère. Le froid avait insensibilisé ses pieds. Le temps passait. Il ne trouvait aucune trace du grand cerf, ni d’aucun autre animal. Parfois, au loin, vers la montagne de Reims, il entendait le hurlement des loups. « Ce n’est pas possible, se dit-il, les villageois ont dû abattre tout le gibier !... Les loups peut-être ? » Cette dernière réflexion lui fit prendre conscience qu’il s’était beaucoup éloigné. Inquiet, il regarda autour de lui. « Je dois rentrer, se dit-il. Je reviendrai demain et demanderai à frère Pierre de m’accompagner : il est jeune et vigoureux, il m’aidera ».
Rapidement, il prit le chemin du retour, son arbalète était de plus en plus lourde. Plusieurs fois, il trébucha. Par chance, la neige ayant cessé de tomber depuis son départ, il pouvait ainsi marcher dans les traces faites le matin, sans risquer de se perdre. La nuit arrive tôt en cette période de l’année. Heureusement, il était parti dès les matines. Il accéléra sa cadence, il devait rentrer avant que l’obscurité ne fût totale. Alberto, comme une âme égarée, avançait entre les arbres. Il était une ombre parmi les ombres. Mais des ombres plus dangereuses pouvaient surgir à tout moment. Le hurlement des loups semblait se rapprocher ! Soudain, au loin, dans la direction de l’abbaye, une lueur lui apparut. Pas une lueur divine, mais plutôt satanique, les flammes d’un incendie.
Alberto utilisa ses dernières forces pour rejoindre le plus rapidement possible l’abbaye. Il devait aider ses frères en péril. Son instinct de guerrier l’alerta : il s’arrêta, puis s’approcha doucement, silencieusement pour observer. Les bâtiments construits en bois, dont la petite chapelle qui faisait la joie de toute la congrégation, brûlaient. D’immenses flammes s’élevaient vers le ciel. Des villageois s’enfuyaient emportant les dernières réserves des moines. Des cris horribles, des hurlements de souffrances provenaient des bâtiments en flamme.
Alberto resta médusé, ne sachant que faire. Puis n’écoutant que son courage, il bondit en avant, banda son arbalète et lança un trait vers un individu qui le menaçait de son gourdin. La gorge traversée, celui-ci tomba sur le sol, fut pris d’un tremblement et, après un dernier soubresaut, s’immobilisa. Alberto avait eu le temps de recharger deux fois son arme, et deux autres hommes étaient étendus, raides morts. Au lieu de fuir, les villageois se rassemblèrent, se tenant à l’écart des flèches d’Alberto. Un grand escogriffe, habillé d’une robe noire des adorateurs de Satan, les haranguait en faisant des gestes menaçants dans sa direction. Il comprit d’où venait cette haine. D’un seul élan, la foule hostile se précipita sur lui. Il n’eut pas le temps de bander une nouvelle fois son arme. Rapidement, il fut submergé, il reçut un violent coup sur la tête et perdit connaissance.Chapitre suivant
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vendredi 2 décembre 2011 - Lu 1619 fois
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  L’Evêché - Chapitre 1  (Type : PDF)
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